Karim Rashid

» Affiché par le mai 10, 2013 dans CHIC Rencontres

Prolifique designer industriel établi à New York, Karim Rashid fait un saut au tout nouvel Hôtel ALT Toronto Pearson pour expliquer quelques concepts de design — l’essentialisme et l’originalité—et attester que moins, c’est plus…

Dxg Bxne 2003

Dxg Bxne 2003

Il a écrit un manifeste. Pardon: un Karimanifeste, grand élan poétique sur le design, la nostalgie, la production manufacturière et, par-dessus tout, la beauté. Selon lui, «toute entreprise devrait aspirer sans relâche à la beauté». En le voyant en personne, on s’explique très bien que l’homme ait assez d’aplomb pour produire un manifeste aussi éloquent… ou un manifeste, point. Il dégage effectivement un puissant magnétisme. Lorsqu’il entre dans une pièce, avec sa longue silhouette dégingandée et un peu voûtée, ses cheveux coupés au ras du front et sa démarche lente et souple, le célèbre designer attire irrésistiblement le regard de tous les occupants, sans exception. À coup sûr, le fait qu’il est souvent vêtu de blanc de la tête aux pieds — chaussures, pantalons et veston — aide un peu. Les montures de lunettes blanches aussi. L’effet est hallucinant. Également hallucinante, la liste des produits et des moulages pour des espaces industriels qu’il a imaginés. Quelques exemples. La chaise Chakras pour Raynor Group, en 2010. La corbeille Skinny Can pour Umbra, en 2011. La gelateria Sweet Chill pour MGM à Las Vegas, en 2009 — aux lignes rondes et appétissantes évoquant une spirale de crème glacée. On a attribué à ses luminaires, meubles, espaces et vêtements des qualificatifs comme organiquesiconiques et démocratiques. Plus de 3 000 des concepts de Karim Rashid sont actuellement en production, et plus de 300 de ses innovations ont été récompensées par l’industrie — Red Dot Awards, iF Packaging Design Awards. Hallucinant, vous dites?

chakras_72

Chakras 2010

Je n’ai rencontré Karim Rashid qu’une fois, une seule, lors de l’inauguration du nouvel hôtel de Groupe Germain, l’Hôtel ALT Toronto Pearson. Ayant grandi à Toronto, il y revient pour participer au lancement de cet hôtel stylisé qui propose des lits douillets, des douches de type spa à effet de pluie et un hall garni de « chaises berçantes » et d’une énorme chaise balançoire. Ludwig Mies van der Rohe a dit : «Moins, c’est plus.» La citation a été reprise comme thème de l’événement — une conférence sur ces concepts renouvelés visant à nous recentrer sur l’essentiel, en cette époque marquée par les excès. Posséder moins de choses… mais des choses de qualité. Lors de cette conférence, Rashid avait pour mission de recueillir les points de vue des participants et d’encourager la discussion, en plus d’expliquer ses propres théories à ce sujet. D’entrée de jeu, il tient à préciser que le minimalisme, en tant que style, n’est pas son genre à lui. Il n’est pas friand d’objets simples, à l’apparence parfaite — fondés sur de la «pure géométrie» — si cela signifie que ces produits ne sont pas utiles. «Je trouve le style minimaliste très inhumain, explique-t-il. Même si, comme designer, je sais l’apprécier, je crois qu’on ne peut pas vraiment vivre ainsi. Notre univers doit être plus confortable.» Rashid entend plutôt produire des articles qui sont simples, en étant plus  humains. «J’essaie de concevoir des objets qui sont le prolongement de notre propre corps, ajoute-t-il. Par exemple, une pomme de douche: si je la faisais sphérique, elle nous glisserait de la main. C’est du minimalisme qui s’appuie sur le style… de la pure géométrie. Je préférerais dessiner une pomme de douche simplifiée, mais qui fonctionne vraiment bien. J’appelle ça l’essentialisme.» En prononçant ces mots, Rashid se trouve assis dans le coin le plus reculé du hall d’inspiration zen de l’hôtel. Faisant pivoter sa chaise, il parcourt la pièce des yeux. «En entrant dans cet hôtel, dit-il, on voit que le style est assez minimaliste, mais on y perçoit une dimension humaine. C’est vers cela que je suis attiré…»

Skinny Can 2011

Skinny Can 2011

Au-delà de l’essentialisme, Karim Rashid s’intéresse aussi — constamment — à l’unicité. «Ce qui me motive, affirme-t-il, c’est d’avoir la chance de réaliser des choses originales.» Rashid raconte qu’il passe une bonne partie de ses journées à discuter avec ses nouveaux clients du concept d’originalité — comment l’originalité peut leur permettre de se démarquer et d’élargir leurs horizons. «Les gens sont motivés par le marketing plutôt que par leur volonté d’être originaux, insiste-t-il. Je passe beaucoup de temps à expliquer aux chefs d’entreprises qu’ils pourraient sortir du lot plutôt que de suivre la vague. S’ils imitent les autres, ils n’obtiendront jamais qu’une portion du marché. Mais s’ils s’en détachent, ils créeront leur propre marché. Le design crée son marché.» «Apple en est un exemple, continue Rashid. Cette société s’est vraiment démarquée du reste de l’industrie de l’informatique. C’est incroyable, ce [qu'elle a] réalisé. Une stratégie de marque fantastique. D’une certaine manière, [elle dit] : “Ce que les autres font nous importe peu; nous créons quelque chose que vous voudrez posséder, que vous devrez posséder.” Il y a de nombreuses années que j’en suis conscient.»

Cup Tree, collection Siliconezone 2012

Cup Tree, collection Siliconezone 2012

Bizarrement, c’est là que les théories de Rashid sur le minimalisme, l’essentialisme et l’originalité se rencontrent. Dans le hall de l’Hôtel ALT, pendant cet entretien, le designer révèle — du moins en partie — son prochain projet mystérieux: concevoir un véhicule électrique avec un constructeur d’automobiles. «Je travaille à un projet sur une automobile en ce moment, laisse-t-il tomber évasivement. Je ne peux pas dire avec qui…» Peu importe. Il promet une voiture comme nous n’en avons encore jamais vu. «L’automobile est aujourd’hui à un tournant. Nous avions le pétrole, et nous nous tournons maintenant vers l’électricité. Pourtant, nous nous obstinons à imaginer l’automobile électrique avec la même forme que celle à essence. Puisque nous n’avons même plus de moteur, c’est l’occasion de repartir à zéro.» Et voilà le noeud de l’affaire. Peu importe pour qui Rashid dessine cette voiture secrète ou quand elle s’infiltrera dans notre conscience collective, il y a fort à parier que son design sera à des lieues de ce que lui-même considère comme de la «nostalgie», des «traditions désuètes » et de «vieux rituels». Comme il le déclare dans son fascinant Karimanifeste, «nous devrions être conscients du monde tel qu’il est en ce moment et en phase avec celui-ci. Si c’est dans la nature humaine de vivre dans le passé, alors changer le monde équivaut à changer la nature humaine.»

 

Matrix 2009

Matrix 2009

 

Moins, c’est plus
Visionnez des extraits vidéo présentant quatre invités de marque de l’événement « Moins c’est plus » tenu en novembre dernier à l’Hôtel ALT Toronto Pearson. Karim Rashid, Hunter Tura, président de Bruce Mau Design, Geneviève Borne, globe-trotteuse et animatrice télé et Andrew Milne, président de bv02, expliquent comment ils appliquent cette philosophie dans leurs domaines respectifs.

Pour voir les vidéos, cliquez ici.

Rendez-vous sur la page Facebook ALT Hotels pour également participer chaque jour à nos discussions sur des thèmes en lien avec notre philosophie du «Moins c’est plus».

 

Tiré du magazine CHIC par Germain, numéro 5 

Par Lori Knowles

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